rougesetblancsCsillagosok, Katonàk

1918, en Russie. La Révolution bat son plein, opposant les Rouges bolcheviks et les Blancs. Le combat semble irréel, dénué de sens et de toute logique, entre exécutions sommaires et mises à mort sadiques. Le climat est glacial, la violence est frontale, aucun sentiment, aucun état d'âme, les hommes sont comme des pions sur un gigantesque jeu d'échecs comme le soulignent plusieurs de plans. La progression narrative ne suit aucune véritable logique, il n'y a pas d'intrigue, pas de véritables enjeux dramatiques, les personnages semblent dénués d'âme de sorte qu'il est impossible de s'y attacher. Ainsi, le spectateur est totalement dérouté, assistant, à la fois émerveillé et tristement impuissant, à un ballet macabre parfaitement chorégraphié. On est plongé en plein théâtre de l'absurde, essayant de s'accrocher à un semblant d'intrigue, suivant confusément cette chasse à l'homme cruelle, ce combat insensé ponctué de nombreux retournements de situation. Pas de climax, ou alors il est permanent. Rien ne semble avoir de sens, les actes des personnages sont complètement saugrenus voire extravagants. Jancso ne cherche bel et bien pas à produire des émotions via le drame mais bien via la beauté formelle.

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La précision, la fluidité, la beauté de la mise en scène sont tout bonnement hallucinantes, presque de qoi faire passer Kubrick pour un petit joueur. On est proche du style d'un Tarkovski, mais en plus "mouvementé" et plus chorégraphié avec des panoramiques à n'en plus finir, des travelling d'une incroyable grâce, des entrées et sorties de champ incessantes... Ainsi pour compenser la lenteur de l'ensemble, le mouvement est permanent pour éviter la lourdeur et l'engourdissement. Le film se compose presque entièrement de magnifiques plans-séquences tous plus beaux les uns que les autres, chaque plan (sans exagérer) est une véritable merveille. Tout est d'une lenteur grisante, d'une grâce inouïe, les mouvements d'appareil amples et élégants alternent douceur et violence comme pour illustrer tout le paradoxe de l'âme humaine, entre indolence et lamentation. C'est de la poésie à l'état brut, un enchantement pour les sens à la fois douloureux et envoûtant. Film purement formaliste, Rouges et Blancs ne néglige pas pour autant le fond par rapport à la forme et au-delà du message pacifiste on a droit à une magnifique réflexion sur la guerre et la nature humaine. Bref, je vais pas disserter là-dessus pendant des heures, j'en suis incapable, surtout que le film se base sur des impressions assez indescriptibles, donc courez vous le procurer, c'est un chef d'oeuvre !