crash_ballardEntre anticipation et roman pornographique, Ballard construit un bouquin passionnant d'une finesse, d'une complexité  et d'une perversité déconcertantes. Dans un monde envahi par la technologie où l'orgasme suprême semble être le suicide automobile, James et sa femme Catherine font l'expérience d'une nouvelle sexualité, guidés par le troublant et messianique Vaughan. Le sexe se mécanise, les êtres se déshumanisent au fur et à mesure, les hommes font l'amour dans les voitures, avec les voitures, excités par le mélange de chair et d'acier, les collisions deviennent un moyen d'extérioriser ses pulsions. Les corps épousent les formes des véhicules, le sperme et les sécrétions anales et vaginales se mêlent à la tôle de la carosserie et au vinylle des sièges, et de cette nouvelle fusion naît une infinité de perversités inédites, fondées sur l'interpénétration de la chair et de l'acier. Ainsi, Ballard interroge sur les rapports entre l'Homme et la Machine d'une manière tout à fait originale et la quête presque métaphysique du personnage principal devient au lieu d'une initiation à la vie une initiation à la Mort. La mort christique de Vaughan donne ainsi lieu à un magnifique pèlerinage automobile qui conclut le livre de la plus belle et la plus étrange des manières. Je vais revoir (pour la quatrième fois) le chef d'oeuvre qu'en a fait David Cronenberg et peut-être m'essayer à une petite analyse comparative entre le film et le bouquin.