zzFilmer tue. Romero n'est pas un cinéaste qui fait dans la dentelle, ses films sont sans concession, sans états d'âme. Ici, encore une fois, le message est fort et clair, la satire virulente, la métaphore explicite, et la démarche frontale et véhémente rappelle celle de DePalma dans son dernier film Redacted. On n'est pas là pour faire dans la demi-mesure, quitte à rabacher un peu trop, et pourtant, malgré tant de brutalité et d'impudence, le film reste assez subtil. Les images s'entrechoquent, s'entrecroisent, s'entredévorent, s'interpénètrent dans une multiplication vertigineuse de points de vue. Diary of the Dead, c'est un peu une gigantesque allégorie de la vue, une réflexion habile sur l'image et ses pouvoirs effrayants, une formidable mise en abyme et un malin exercice de distanciation qui dénonce violemment la perversité des médias et notre perversité à nous, spectateurs, consommateurs avides d'images "chocs". A l'ère d'internet, de youtube, des blogs et tout ce qui en découle, nous vivons dans une société qui se saoule à l'image, pervertie par les images, manipulée par les images. Car il est plus que jamais question de manipulation ici. Le film n'a de cesse de nous répéter qu'il nous manipule, que tout ça c'est du chiqué, de la mise en scène, du Cinéma, et nous incite ainsi à la réflexion. Les dialogues sonnent faux, les personnages ont des attitudes totalement irrationnelles (et Romero de dénoncer l'absudité des comportements humains et notre incapacité à s'unir pour se défendre et faire face au changement), les répliques sont redites, il y a des raccords de regard alors qu'une seule caméra filme, les zombies prennent bien le temps de rentrer dans le champ...

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Les amateurs de films d'horreur seront certainement frustrés pour la plupart, car hormis quelques frayeurs assez artificielles, le film ne fait pas vraiment peur et ce n'est pas très spectaculaire, on voit que ça manque de moyens. Le réalisme recherché par Romero dans son style trouve un nouvel écho dans cette nouvelle tendance de films d'horreur "blairwitchiens", mais le film souffre malheureusement un peu de la comparaison avec ses prédécesseurs comme [Rec] ou Cloverfield qui étaient autrement plus efficaces niveau trouille à défaut de délivrer un message. En tout cas, il y a un contenu philosophique très fort dans Diary of the Dead, et même si le message n'est pas nouveau, l'approche est suffisamment originale et maline, et le film est plein de charme malgré (ou grâce à) son côté "fauché". Romero traverse les époques et sait à chaque fois ancrer ses films dans l'actualité (même si là il est un p'tit peu à la bourre après DePalma et Reeves, mais on ne lui en veut pas) et son talent de metteur en scène et de créateur d'ambiances apocalyptiques est intact. Soulignons aussi son génie niveau trouvailles gors bien jouissives. Romero for ever...

"Romero dit le désastre avec les images qui restent, mais elles composent des poèmes"
C'est Positif qui l'a dit et je trouve ça très beau :D