06 juillet 2008

Ken Park - Larry Clark & Ed Lachman (2002)

zzChronique sociale très crue et ambigue de la jeunesse américaine, Ken Park est un très beau film, aussi émouvant que profondément dérangeant. On est ici dans une vision assez naturaliste du Cinéma, il y a une forte volonté de tout montrer, jusqu'aux aspects les plus sordides de notre société, et jusqu'à pousser le film aux frontières de la pornographie. Clark explore les corps de ses jeunes acteurs dans les moindres détails, quitte à nous montrer des pénis en gros plans, mais ça ne sombre jamais dans le voyeurisme primaire. Il caresse voluptueusement ces corps avec sa caméra, l'acte de filmer devient l'acte le plus sexuel qui soit, et ce n'est pourtant jamais malsain, un peu limite quand même par moments, mais pas la moindre once de perversité là-derrière. Le Cinéma pour Clark semble être le reflet de la réalité, un miroir qu'il tend à la société américaine pour qu'elle puisse y contempler toute sa laideur, et comment représenter la réalité en cachant artificiellement les organes sexuels et en passant sous silence les moments les plus horribles ? C'est donc en toute logique que l'on accepte de voir ces images frontales, dégueulasses, choquantes, mais parfois aussi terriblement belles et poétiques.

zMalgré cette volonté de réalisme absolu, Clark s'amuse à créer des personnages d'adultes complètement stéréotypés auxquels il est impossible de s'identifier (le père alcoolique qui fantasme sur son fils, les grands parents trop bons pour être vrais, le père intégriste, la mère junkie...) en opposition aux personnages d'adolescents qui échappent à tout cliché. Ce contraste a avant tout une visée satirique et illustre la contradiction entre les ambitions d'une jeunesse désabusée et les limites archaïques imposées par le monde des adultes qui se complaisent dans leur déchéance. Les adolescents, las de se heurter à ces limites imposées par la société, finissent par se réfugier dans le sexe (magnifique scène de triolisme), dans la drogue, dans le meurtre. Comme Ken Park, peut-être auraient-ils préféré ne pas naître.

zzzClark sait toujours dénicher des acteurs extraordinaires, et là encore, ces jeunes qui acceptent de s'exhiber sans pudeur sont très convaincants. James Ransone a peut-être trop tendance à sombrer dans la caricature (on salue quand même sa volonté, car il en fallait pour se masturber en s'étranglant devant une caméra), mais les autres sont parfaits. Les personnages, tous autant qu'ils sont (du moins les ados), sont extrêmement attachants et finissent par carrément bouleverser. On sort du film tout retourné, un peu perplexe quand même, mais très ému. Et puis on y repense et on se dit que Ken Park est définitivement un grand film. Même esthétiquement c'est très réussi, très joliment photographié, parfaitement monté et mis en scène. Il y a toute une symbolique autour des mains - mains qui caressent, qui giflent, qui branlent, symboles des liens qui se font et se défont.

Posté par straw dogs à 12:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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