mala_noche

If you fuck with a bull,
you get the horn.

C'est toujours intéressant et émouvant de regarder le premier film d'un grand réalisateur. Parfois dangereux aussi, parce qu'on a souvent tendance à être trop indulgent. Mala Noche est une pure oeuvre de jeunesse de très bonne facture. Pas très maîtrisé, un peu brouillon sur les bords, on sent que le film a été fait avec trois francs six sous. L'image noir & blanc est crade, le montage est grossier, maladroit, trop violent. Et puis cette fin "ouverte" trop facile et décevante gâche un peu, Van Sant a l'air de couper son film en plein milieu. Ca, c'était pour les défauts. Autrement, le film, avec ses airs de Midnight Cowboy, est plein de charme, l'aspect extraverti et dévergondé est très sympatoche, la musique est jolie et agréable, les acteurs - inconnus - sont vraiment doués.

L'histoire, adaptée du journal intime d'un poète de Portland, nous conte les déboires amoureux d'un américain qui tombe fou amoureux d'un jeune mexicain et essaye par tous les moyens de coucher ne serait-ce qu'une fois avec lui. Le pitch est simple donc, comme toujours chez Van Sant. Mais le cinéaste en fait un film unique et magique. Ca parle de sexe  - et d'homosexualité surtout - sans tabous, les sentiments sont brutaux, le style visuel est très sec et épuré. Et malgré cette crudité, Mala Noche conserve une certaine grâce, une poésie envoûtante née de l'âpreté des images, de la violence de leurs entrechoquements.

La mise en scène est magnifique et le Gus affichait déjà un style très personnel, moins élégant que ce qu'il fera par la suite et sans le goût prononcé pour les plans-séquences que l'on remarque dans ses derniers films, mais avec des motifs récurrents comme les nuages ou les travellings dans les couloirs, et des thématiques apparemment chères à son coeur comme la marginalité ou l'amour impossible. Un bien beau film en somme, pas un chef d'oeuvre, pour sûr, mais ça reste vraiment pas mal - surtout pour un premier film tourné avec si peu de moyens.

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