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Cris et chuchotements...

30 juillet 2008

Voyage à Tokyo - Yasujiro Ozu (1953)

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Tokyo Monogatari

Je découvre Ozu avec ce superbe film et autant dire que j'en suis enchanté. Rarement vu une oeuvre aussi sensible, aussi magnifiquement fragile et aussi poignante. D'une sobriété et d'une humilité bouleversantes, Voyage à Tokyo est un film simple mais incroyablement beau, toujours légèrement ironique, il ne se complait pas dans la tristesse de son propos, il a quelque chose d'infiniment pur, de profondément mélancolique qui en fait un chef d'oeuvre du mélodrame.

L'histoire est simple : un couple vieillissant part à Tokyo rendre visite à ses enfants. Vite encombrants, ils décident de rentrer, mais la femme tombe bientôt gravement malade et meurt, faisant prendre conscience à ses enfants de la fugacité de la vie. Il ne se passe finalement pas grand chose, c'est seulement la vie qui s'écoule, un fragment d'existence. Un peu long le fragment quand même, j'avoue honteusement avoir regardé l'heure une ou deux fois pendant ces 130 minutes, sans dire qu'on s'ennuie, simplement j'ai trouvé la durée un peu exagérée.

Ozu prend bien le temps de raconter son histoire, le montage est plutôt lent, le jeu des acteurs (tous très émouvants) aussi est lent, la quasi-totalité des plans sont fixes (mais quel sens du cadre, putain ! il y a dans ce film quelques uns des plus beaux plans que j'aie pu voir !), d'où une impression de sérénité. Une sérénité à peine troublée par la perspective de la Mort, quelques répliques, quelques expressions trahissent peut-être une certaine nostalgie. Ce n'est que quand Elle surgit au moment où on ne s'y attend pas qu'on se rend compte que tout est éphémère au final. Le plus beau film sur la vieillesse et l'acceptation de la Mort qui soit, d'une limpidité déchirante. J'ai peut-être une légère préférence pour l'onirisme d'un Mizoguchi, mais quand même, ce Voyage à Tokyo est absolument inoubliable, tellement attachant !

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29 juillet 2008

Pickpocket - Robert Bresson (1959)

pickpocket
"Oh, Jeanne, quel drôle de chemin il m'a fallu prendre pour aller jusqu'à toi..."


Singulière histoire d'amour que ce Pickpocket. Relatant le parcours initiatique d'un kleptomane égocentrique, le film a quelque chose de très littéraire. Ses dialogues déjà, sont écrits avec beaucoup de finesse, comme ceux d'un roman, il y a même quelques répliques qui sonnent comme des citations du genre "J'ai cru en Dieu, Jeanne, pendant trois minutes." Et puis le héros - mélancolique et tragique est définitivement très littéraire, entre le Mersault de Camus et le Raskolnikov de Dostoïevski. La réflexion que nous offre Bresson sur le limites fixées par les lois se rapproche de la thèse de Crime et Châtiment (le rapprochement avec cette oeuvre est d'ailleurs souvent fait au sujet de ce film), cette idée qui fascine Michel comme quoi "des hommes capables, indispensables à la société" seraient "libres d'échapper aux lois". Il y a aussi cette idée de destin et de hasard propre à la tragédie antique, et cette froideur, ce côté machinal qui rappelle Le Nouveau Roman et plus particulièrement Les Gommes de Robbe-Grillet.

Le film de Bresson est un matériau brut, il refuse tout esthétisme, toute poésie et tout onirisme, les cadrages sont très ciselés, on-ne-peut-plus précis, la mise en scène est sobre mais élégante, les éclairages sont réalistes au maximum.  Par son flot d'images, Pickpocket semble créer un mouvement continu, un rythme régi par la virtuosité du montage. En fait, le film lui-même est un mouvement rectiligne, allant d'un point A (le Crime) à un point B (le Châtiment et la découvert de l'Amour et de la Morale) avec une logique implacable. Tout ça est un peu raide à mon goût, et le jeu d'acteur froid et distancié un peu trop "balai dans le cul" n'arrange rien. Mais c'est voulu, c'est dans la logique du reste, et l'effet est saisissant. Ce que Bresson semble viser en fait, c'est le Sublime, l'invisible, l'illimité, il veut aller au-delà du cadre pour saisir l'infini. Au-delà du constat pessimiste sur la noirceur du monde, au-delà de l'étalage - passionnant ceci dit - des techniques des pickpockets, au-delà de toute psychologie, de tout récit, au-delà de toute politique. Toute une théorie du Cinéma en  à peine 75 minutes de film. Fascinant.

Je renonce à en parler plus longuement, je crois avoir dit assez de conneries comme ça. Il y a des films qui me dépassent... Après avoir été déçu par Au Hasard Balthazar, me voilà sûr du génie de Bresson en tout cas !

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La Nuit - Michelangelo Antonioni (1961)

La_Notte

La Notte

Y'en a qui ont la classe, d'autres pas. Antonioni l'a, définitivement. Chaque plan de La Notte est une merveille. Le cinéaste pousse le plus possible son esthétique vers l'épure, les lignes directrices sont très marquées, la construction des plans est géométriquement parfaite, les éclairages sont superbement dosés. Pourtant, ça n'est jamais bêtement esthétisant, ce goût lyrique pour la forme pure n'est jamais vain - pas comme chez Wong Kar Wai, par exemple, qui semble pomper pas mal chez Antonioni niveau motifs quand on voit ce film. La beauté plastique de La Notte est toujours signifiante, évidente. Froide aussi, mais volontairement. Les personnages évoluent dans des décors presque déshumanisés, trop sophistiqués, vides de sens. Quand Jeanne Moreau (belle à se damner) évolue dans Milan, elle vient toujours briser la géométrie du plan et du décor, elle est perdue et comme invisible aux yeux des autres.

Le pitch se résume à l'errance d'un couple au bord de la rupture le temps d'une journée. Le matin, visite d'un ami mourant à l'hôpital. Moreau s'en va et pleure, Mastroianni se fait draguer par une nympho folle furieuse. L'après-midi, dédicace de bouquins pour Mastroianni, flâneries désepérées dans les rues de Milan pour Moreau. Le soir, le nightclub où une danseuse Noire subjugue Mastroianni. Puis la nuit se passe chez de riches amis où tous deux flirtent. Le matin venu, Lidia annonce à Giovanni qu'elle aimerait mourir, qu'elle ne l'aime plus. Puis il y a cet instant bouleversant où, après la lecture d'une longue lettre d'amour dans un pré, Giovanni demande "De qui est cette lettre ?". "De toi." répond sa femme. Puis il s'enlacent, Moreau résiste puis se laisse faire finalement. Désespérément unis, ils se débattent dans les ruines de leur amour. La caméra les abandonne. Encore une fois, Antonioni, touché par la grâce, termine son film de la façon la plus magistrale qui soit. On en pleurerait presque. La froideur abstraite de l'ensemble suffit de nous achever, et on en sort accablé de tristesse.

Peu d'action donc, peu de sentiments aussi - au point que le film semble un peu longuet sur la fin. Les personnages semblent agir par dépit, ils se croisent et se recroisent sans arriver à véritablement communiquer (l'incommunicabilité entre les êtres, grand thème de l'oeuvre d'Antonioni), errant sans conviction comme des fantômes vidés de toute substance. Antonioni sonde le mal-être de l'âme humaine avec sa caméra, sans jamais verser dans le cinoche psychologique à deux balles. Avec ses images, il raconte le désespoir, sans forcément recourir aux mots. Chez lui, le silence est bien plus éloquent que les flots de parole. Du Cinéma ardu et intellectuel, à ne pas regarder si vous êtes dépressif ou fatigué...

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27 juillet 2008

Mala Noche - Gus Van Sant (1985)

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If you fuck with a bull,
you get the horn.

C'est toujours intéressant et émouvant de regarder le premier film d'un grand réalisateur. Parfois dangereux aussi, parce qu'on a souvent tendance à être trop indulgent. Mala Noche est une pure oeuvre de jeunesse de très bonne facture. Pas très maîtrisé, un peu brouillon sur les bords, on sent que le film a été fait avec trois francs six sous. L'image noir & blanc est crade, le montage est grossier, maladroit, trop violent. Et puis cette fin "ouverte" trop facile et décevante gâche un peu, Van Sant a l'air de couper son film en plein milieu. Ca, c'était pour les défauts. Autrement, le film, avec ses airs de Midnight Cowboy, est plein de charme, l'aspect extraverti et dévergondé est très sympatoche, la musique est jolie et agréable, les acteurs - inconnus - sont vraiment doués.

L'histoire, adaptée du journal intime d'un poète de Portland, nous conte les déboires amoureux d'un américain qui tombe fou amoureux d'un jeune mexicain et essaye par tous les moyens de coucher ne serait-ce qu'une fois avec lui. Le pitch est simple donc, comme toujours chez Van Sant. Mais le cinéaste en fait un film unique et magique. Ca parle de sexe  - et d'homosexualité surtout - sans tabous, les sentiments sont brutaux, le style visuel est très sec et épuré. Et malgré cette crudité, Mala Noche conserve une certaine grâce, une poésie envoûtante née de l'âpreté des images, de la violence de leurs entrechoquements.

La mise en scène est magnifique et le Gus affichait déjà un style très personnel, moins élégant que ce qu'il fera par la suite et sans le goût prononcé pour les plans-séquences que l'on remarque dans ses derniers films, mais avec des motifs récurrents comme les nuages ou les travellings dans les couloirs, et des thématiques apparemment chères à son coeur comme la marginalité ou l'amour impossible. Un bien beau film en somme, pas un chef d'oeuvre, pour sûr, mais ça reste vraiment pas mal - surtout pour un premier film tourné avec si peu de moyens.

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25 juillet 2008

L'Arche Russe - Alexandre Sokourov (2002)

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Russian Ark,
A la recherche du temps perdu...

Traverser la totalité du musée de L'Ermitage en un seul plan-séquence, tel est le pari technique et esthétique plus qu'ambitieux choisi par Alexandre Sokourov pour réaliser L'Arche Russe. Un pari de taille qui aurait pu s'avérer aussi plus que foireux. Il y a bien sûr quelques erreurs de mise en scène inévitables, quelques maladresses regrettables, quelques icohérences, mais le résultat reste subjuguant - un des grands moments de Cinéma du 21ème siècle. Plus de 300 acteurs, des centaines de mètres et des dizaines d'époques différentes parcourus, et tout reste fluide, parfaitement chorégraphié, très organisé. C'est très vite chiant en général, ce genre de films conceptuels, et l'idée, n'importe qui aurait pu la trouver. Après, avoir le courage de passer à l'acte, c'est autre chose... Je crois qu'avant Sokourov, seul Hitchcock avait tenté le coup avec La Corde en 1948, mais c'était un faux plan-séquence. J'ai aussi vu un film à Cannes l'année dernière qui s'appelait PVC-1 je crois, complètement raté.

Dans L'Arche Russe, le concept a le mérite d'être totalement justifié. Car ce que Sokourov veut filmer en fin de compte, c'est le Temps lui-même, en retraçant 300 d'Histoire de la Russie en à peine 95 minutes. Filmer le temps et l'Histoire impose donc une certaine continuité, d'où le plan-séquence. Les raccords auraient rompu toute continuité, la logique du film n'aurait pas été respectée. La caméra parcours ainsi avec une grâce inouïe les dédales de L'Ermitage comme si elle parcourait les dédales du Temps, passant d'une époque à une autre, revenant en arrière puis bondissant 100 ans plus tard. Le temps s'arrête, se dilate, s'accélère, ralentit, les frontières entre le présent et le passé sont brouillées, elles n'existent plus. Au-delà de l'aspect "cours d'histoire de la Russie" un peu pompeux, Sokourov interroge notre rapport au passé et expérimente le pouvoir du Cinéma sur le Temps.

Le film a l'intelligence d'aller au-delà de son concept, de passer outre la prouesse technique, la faire oublier au profit de la réflexion philosophique. Alexandre Sokourov nous place à l'intérieur de lui-même, en caméra subjective tout le long du film. Sa voix (peu enthousiaste) ne cesse de résonner dans un flot de parole permanent. Invisible aux yeux des autres, sauf à ceux d'un mystérieux diplomate français, il parcours L'Ermitage, perdu au milieux de ces tableaux par milliers, ces costumes magnifiques, ces murs écrasants. Autour de lui, un torrent d'images et de sons, le torrent du Temps qui coule tantôt d'amont en aval, puis d'aval en amont, s'arrêtant parfois. La caméra est sans cesse en mouvement, elle "fait" elle-même le montage, elle zoome, tournoie, recadre continuellement - incarnation du regard fasciné du cinéaste pour tout ce faste. L'Arche Russe est un émerveillement de chaque instant, un voyage fantastique et passionnant à travers l'Histoire entre les murs chargés de souvenirs du musée de L'Ermitage. Le final, gigantesque bal de couleur est un sommet de beauté.

"Nous sommes destinés à naviguer éternellement, à vivre éternellement..."

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21 juillet 2008

Trilogie Le Parrain - Francis Ford Coppola (1972 - 1974 - 1990)

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Spleen et idéal

Le Cinéma de Coppola a quelque chose de baudelairien. Ses personnages sont rongés par le spleen, tourmentés par la peur du temps qui passe inexorablement. Kurtz, Motorcycle Boy, Michael Corleone, Dracula, Peggy Sue... Même malaise, même trouble face à l'abîme du temps. Coppola a toujours dit qu'il y avait une logique dans son oeuvre, que tout prenait forme au fur et à mesure, que chaque film rajoutait une pierre à l'édifice qu'il construit depuis le début de sa carrière. Et effectivement, chaque pierre à l'édifice pousse plus loin la réflexion en suivant la logique du reste. La trilogie du Parrain ne déroge évidemment pas à la règle. Avec le formidable best-seller de Mario Puzo (qui a également co-écrit le scénario des films), le cinéaste a trouvé un écho très fort à ses obsessions, et malgré la visée plutôt commerciale du projet, la trilogie du Parrain est une oeuvre on-ne-peut-plus personnelle. Michael est un peu le double déformé de Francis. Mégalomane, sans cesse en conflit avec sa famille et tiraillé par une mélancolie sourde qui lui ronge l'âme, Michael se terre dans une solitude égoïste et despotique - les ressemblances entre le cinéaste et son personnage principal sont nombreuses, Coppola met beaucoup de lui dans ce personnage qui n'est pourtant pas sorti de son imaginaire à lui à l'origine mais de celui de Puzo.

pacinoJeune vétéran de la Seconde Guerre Mondiale, Michael garde ses distances avec sa famille de mafieux au début du premier épisode, "c'est ma famille, ce n'est pas moi" dit-il à Kay sa compagne. Mais quand des mafiosos s'attaquent à son père puis à son frère, il commet l'irréparable et ne peut plus se défaire désormais de ses responsabilités. Il devient la Famille, prend la tête de ses affaires douteuses jusqu'à devenir un Parrain beaucoup moins magnanime que son père, voire même vachement craignos. Alors qu'il s'était juré de ne jamais s'occuper des affaires de sa famille, Michael y plonge en plein dedans, la tête la première, et fait bien pire que ce qu'il déplorait auparavant, allant même jusqu'à ordonner la mort de son propre frère à la fin du deuxième volet - écho au conflit qu'aurait eu Coppola avec son propre frère. Dans le troisième épisode, on retrouve un homme brisé, plus pragmatique, inquiet et diabétique,  qui ne supporte plus le poids de ses péchés et tente de se racheter aux yeux de sa femme et de ses enfants, et surtout aux yeux de Dieu. La conclusion est pessimiste, déchirante, Michael Corleone est le héros tragique par excellence.

Chaque volet de la trilogie a une personnalité très forte et sensiblement différente des autres, un style particulier, une atmosphère unique. Dans le premier épisode, la magnifique photographie de Gordon Willis est très sombre et joue habilement avec les clairs-obscurs, créant ainsi une ambiance ténébreuse et sinistre. Derrière les allures de fresque familiale viscontienne à grand spectacle se cache une réflexion finement philosophique sur le pouvoir et une insondable nostalgie. Le jeu flegmatique et mémorable de Marlon Brando, tout en douleur contenue, trahit un dégoût de la vieillesse, un effroi face à la Mort qui approche. Chaque expression du comédien semble hantée par le spleen, jamais le visage d'un acteur, malgré le maquillage et la particularité des éclairages, n'aura été aussi éloquent. Parfois, dans un élan lyrique, le film s'envole et bouleverse, souvent dans les scènes les plus sobres visuellement, comme celle où le Parrain meurt dans sa plantation de tomates alors qu'il était en train de jouer avec son petit-fils. La grâce surgit parfois, fulgurante, magnifique, en plein milieu d'un plan, dans l'élégance d'un mouvement de caméra, la délicatesse d'une lumière, la beauté funèbre d'une note de musique de Nino Rota, le geste d'un acteur. Les cadrages sont amples pour saisir dans son ensemble la poésie d'un mouvement, d'un décor, d'une effusion de sang. Et la violence jaillit quelquefois quand on ne s'y attend pas, Coppola la filme à distance, froidement, et la rend ainsi plus effroyable et pernicieusement poétique encore. Le Parrain est une oeuvre indéniablement romantique.

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Dans le second volet, Coppola va encore plus loin dans ses obsessions romantiques. Plus lent, plus contemplatif aussi, Le Parrain 2 est plus explicitement mélancolique, plus désespéré, plus bouleversant aussi. Alternant deux époques qui se font habilement écho (la jeunesse de Vito Corleone, interprété par le formidable DeNiro, et les affaires de Michale Corleone d'autre part qui vont en se dégradant), le film est particuilèrement ambitieux, très long (plus de 3 heures 15), très riche. On voit que ça ne manque pas de moyens, du coup la reconstitution du New York des années 1910 (pour la partie avec DeNiro) est très réussie et tout à fait crédible. Esthétiquement, c'est encore plus soigné que le premier volet, encore plus travaillé, moins sombre surtout.  Il y a  plein de couleurs cette fois, c'est très fastueux, trop fastueux, comme pour souligner l'artificialité de l'univers de Michael, la futilité des biens matériels face à son chaos familial, sentimental et psychologique. La mélancolie est ici plus palpable, elle finit par étouffer et bouleverser, le spleen est partout, dans chaque plan, chaque regard, chaque geste. Le final est un immense moment de Cinéma inoubliable. Le manque d'élégance du montage prend tout son sens vu à travers le prisme du désordre qui s'insinue dans la vie trop bien rangée de Michael, la violence des raccords est comme une attaque permanente du Destin contre lui, un coup asséné par Dieu lui-même pour l'affaiblir et le détruire.

godfather3Cette dimension tragique prend une importance capitale dans le troisième et dernier volet. Le Parrain 3 est le plus intime de la trilogie, les cadrages sont plus serrés qu'auparavant, Coppola tente de saisir les émotions au plus proche de ses personnages. L'ambiance est assez mystique, Michael se retrouve métaphoriquement face à Dieu et à sa Mort et tente de racheter ses péchés, avant de se rendre compte que la religion est elle aussi corrompue. Il finit vieux et désespérément seul, meurt seul au milieu du champ, la caméra elle-même semble l'abandonner, elle se place le plus loin possible, dans un élan tragique absolu. Plus qu'un simple épilogue, ce film est le plus touchant des trois. Son côté moderne est en total faux raccord avec les deux autres volets et impose une certaine distance au début du film, on ne reconnaît pas totalement les personnages que l'on connaissait. Puis au fur et à mesure que l'histoire avance, on s'y attache à nouveau, Michael le tortionnaire devient même sympathique dans sa détresse. Et le poids de la fatalité se fait de plus en plus écrasant et finit par l'emporter. Sofia Coppola, dans le rôle de la fille de Michael, est très poignante et l'instant de sa mort est un moment de Cinéma d'une beauté renversante. Le silence, puis les cris de Diane Keaton, la musique qui surgit enfin, et Pacino, la bouche grande ouverte, dans un état de souffrance absolue, tétanisé, n'arrivant pas à sortir le cri de douleur qui le tiraille. Puis le cri retentit, et là impossible de retenir une petite larme. Un grand et terrible moment de Cinéma qui clôt de la plus belle et la plus triste des manières ce qui reste pour moi la meilleure saga de l'histoire du Cinéma. Mes respects, mister Coppola !

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19 juillet 2008

Autoportrait sino-cinéphile

Je m'essaye avec plaisir à ce petit questionnaire que j'ai découvert sur l'excellent blog de Dasola et celui de DVDtator


Si j'étais...


Un Film
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Un Réalisateur
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Ingmar Bergman


Une Histoire d'Amour
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Monika, d'Ingmar Bergman
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Un Sourire
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Celui de Mia Farrow dans La Rose Pourpre du Caire d'Allen
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Un Regard
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Celui de Nicole Kidman dans Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick


Un Acteur
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Marlon Brando


Une Actrice
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Liv Ullman


Un Début

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Celui d'Apocalypse Now de Francis Ford Coppola

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Une Fin

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Celle de Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni


Un Générique
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Celui de Crash de David Cronenberg
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Une Scène Clé
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La scène des miroirs, à la fin de La Dame de Shangaï d'Orson Welles
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Une Révélation
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Easy Rider, de Dennis Hopper
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Un Gag
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La fin de Docteur Folamour de Stanley Kubrick

..
Un Fou Rire
lapersonne


.
Une Mort
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Celle de Dirk Bogarde dans Mort à Venise de Luchino Visconti

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Une Rencontre d'Acteurs
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Celle de Brando et Nicholson dans The Missouri Breaks d'Arthur Penn

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Un Baiser
notorious
Cary Grant et Ingrid Bergman dans Les Enchaînés d'Alfred Hitchcock (pas très original comme réponse, je sais...)

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Une Scène d'Amour

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Naomi Watts et Laura Elena Harring dans Mulholland Drive de David Lynch

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Un Plan-Séquence
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Celui, complètement hallucinant à la fin du Sacrifice d'Andreï Tarkovski

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Un Plan Tout Court
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Blade Runner, de Ridley Scott

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Un Choc Plastique en Couleurs

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Barry Lyndon, de Stanley Kubrick

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Un Choc Plastique en Noir & Blanc
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Persona, d'Ingmar Bergman

.
Un Choc Tout Court
apocalypsenow

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Un Artiste Surestimé
michel_gondry
Michel Gondry

Mais aussi

wkw

Wong Kar Wai

et

burton
Tim Burton

.
Un Traumatisme
requiem

.
Un Gâchis
dean

James Dean

.
Une Découverte Récente
Waltz_with_Bashir

.
Une Bande-Son
corleone
Le Parrain, de Francis Ford Coppola
Musique de
Nino Rota

.
Un Somnifère
octobre
Tous les films d'Eisenstein me font dormir. J'admire son travail, mais à regarder de préférence quand on est en forme...

.
Un Monstre
alien23

.
Un Torrent de Larmes
tombeau
Le Tombeau des Lucioles, d'Isao Takahata

.
Un Frisson
exorciste

alien_

rec

.
Un Artiste Sous-Estimé
takahata
Isao Takahata

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Un Rêve
mulholland
J'aime beaucoup toutes les séquences de rêve lynchéennes. Chez Tarkovski aussi, il y en a de sublimes. La scène de rêve dans Los Olvidados de Luis Bunuel est extraordinaire également.

.
Un Fantasme
nicole_kidman_Moulin_Rouge_

mrgreen




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18 juillet 2008

Zabriskie Point - Michelangelo Antonioni (1970)

 

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L'Utopie

Désordre social, désordre politique, désordre rythmique, désordre sonore, désordre visuel, désordre narratif et scénaristique... Zabriskie Point est un film fait de désordre(s) et d'explosions. Panoramiques rapides, travellings bruts de décoffrage, cadrages expérimentaux, raccords irrationnels et inattendus, couleurs saturées, zooms violents, variations de style, alternances incessantes de silence et de musique tonitruante, narration tantôt rapide, tantôt très lente... Le désordre est total dans ce monde brutal et confus, envahi par les panneaux publicitaires.

zabriskieA la fin des sixties, les Etats-Unis sont au bord de la guerre civile et tentent tant bien que mal de contenir les révoltes estudiantines qui éclatent un peu partout. C'est dans ce climat de désordre que deux jeunes gens se rencontrent et partent s'évanouir dans le désert, dans les dunes de Zabriskie Point plus précisément. La jeune fille, Daria (magnifique inconnue), secrétaire plutôt hippie sur les bords partie rejoindre son patron à Phoenix, semble perdue. Puis elle laisse tomber sa carte sur la banquette arrière, semblant finalement avoir envie de se perdre dans ce désert, de plonger dans l'inconnu. Le jeune homme, Mark, lui, est en cavale. C'est en quelque sorte le reflet du cinéaste. Etudiant rebelle et marginal, il préfère l'action aux longs discours marxistes. Pour lui, la révolution ne se fait pas par les mots. Il vole un avion sous les yeux de la tour de contrôle et s'envole vers le désert. La rencontre magnifique et très érotique de l'avion et de Daria fait penser à La Mort aux trousses - d'ailleurs, étonnamment, l'ombre d'Hitchcock plane incontestablement sur le film. Les deux jeunes gens semblent se plaire ensemble, ils vont chercher de l'essence pour l'avion en voiture. Puis, seuls au Monde tels des Adam & Eve modernes dans les dunes de Zabriskie Point, ils fantasment une orgie gigantesque et poétique - séquence saisissante et réellement marquante où les Hommes semblent revenir à des instincts primaires, tels des bêtes qui se roulent nues dans le sable à la recherche du plaisir charnel ultime et immédiat. L'errance métaphysique de Mark et Daria se termine mal. Le film avoue son échec et sa fragilité, la jeunesse est impuissante tout compte fait, et la révolution n'est que fantasmatique, à l'image de cette formidable explosion imaginaire finale, attentat chimérique contre "l'individualisme bourgeois" où toute la futilité de la société de consommation vole en éclats, au ralenti, sur une musique hallucinante de Pink Floyd (époque Syd Barrett).

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Michelangelo Antonioni, pour son unique film uniquement financé par des fonds américains, réalise ici une oeuvre infiniment poétique, pleine de bruit et de fureur, qui associe à la perfection histoire collective et abstraction, message socio-politique universel et errance introspective métaphysique et contemplative. Le film prend le pouls de la société américaine à un moment critique de son histoire, il analyse les soubresauts d'un monde en mutation. Encore plus pertinemment qu'Easy Rider, Zabriskie Point aborde avec finesse mais aussi pessimisme les problèmes de son temps. On sent une volonté très forte de changer la société par l'art et par l'amour, mais tout ça n'est qu'utopie malheureusement. Le tout prend des allures de trip psychédélique et expérimental qui finit par exploser métaphoriquement, comme pour évacuer un trop-plein - trop-plein d'images, trop-plein de couleurs, trop-plein de colère. Une expérience cinématographique extrême et unique qui continue d'influencer nombre de cinéastes (Van Sant, Dumont...). Zabriskie Point est un chef d'oeuvre. Antonioni est grand.

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Y'a juste un truc qui est chiant avec les films d'Antonioni, c'est que c'est trop silencieux. Du coup quand t'as pas mangé à midi, t'as bien l'air con quand tout le monde entend ton ventre gargouiller en plein blanc... Heureusement d'un côté que les gens soient plus attirés dans les salles par des daubes comme Narnia et le Prince Casse-couilles, y'a moins de monde pour se foutre de ta gueule comme ça mrgreen...

Posté par straw dogs à 18:50 - ANTONIONI Michelangelo - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 juillet 2008

'Cross the Breeze

P'tit film expérimental improvisé un mardi après-midi, filmé tout seul avec un téléphone portable (alors un peu de compréhension SVP xD ) et monté avec Power Director. Pour une fois, je me suis mis moi-même en scène, on voit même ma tronche en gros plan c'est à pisser de rire le jeu d'acteur de malade ^^ ! Y'a quelques raccords ratés, je m'en excuse, mais dans l'ensemble je trouve ça sympa. Observez bien dans le plan final (que j'aime beaucoup) je manque de me casser la gueule c'est trop fort ! J'me suis même amusé à faire un générique genre pro, c'est fendard !

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Woody Allen

Matter un film de Woody Allen pour moi, c'est quelque chose de réconfortant, comme une thérapie.

woody


CITATIONS signées Woody :

"Mon seul regret dans la vie : ne pas être quelqu'un d'autre!"

Ce n'est pas que j'ai peur de mourir. Je veux juste ne pas être là quand ça arrivera."

"Je ne veux pas devenir immortel par mon oeuvre, je veux devenir immortel en ne mourant pas."

"Les êtres humains sont divisés en deux: esprit et corps. L'esprit est attiré par de nobles aspirations comme la poésie et la philosophie. Tandis que le corps se tape tout le côté amusant."

"Toujours obsédé par l'idée de la mort, je médite constamment. Je ne cesse de me demander s'il existe une vie ultérieure et, s'il y en a une, peut-on m'y faire la monnaie de vingt dollars?"

"Si Dieu existe, j'espère pour lui qu'il a une bonne excuse !"

"Mourir est une des rares choses que l'on puisse faire aussi bien couché que debout."

"L'homme exploite l'homme et parfois c'est le contraire."

"J'aimerais terminer sur un message d'espoir. Je n'en ai pas. En échange, est-ce que deux messages de désespoir vous iraient?"

"Cette année je suis une star. L'année prochaine, je serais un trou noir? "

"Je tiens beaucoup à ma montre, c'est mon grand-père qui me l'a vendue sur son lit de mort."

"L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible. "

"Si je fais si bien l'amour, c'est que je me suis longtemps entraîné tout seul."

"Les femmes disent que je suis un mauvais coup. Ce sont vraiment de mauvaises langues, comment peuvent-elles dire ça au bout de 2 minutes?"

"La dernière fois que j'ai pénétré une femme, c'était en visitant la statue de la Liberté."

"J'ai deux passions dans la vie : les seins des femmes."

"Pour ma part, je suis hétérosexuel. Mais il faut le reconnaître, le bisexuel a deux fois plus de chances le samedi soir."

"Dieu est mort, Marx est mort et moi-même, je ne me sens pas très bien ... "

"L'univers n'est jamais qu'une idée fugitive dans l'esprit de Dieu - pensée joliment inquiétante, pour peu que vous veniez d'acheter une maison à crédit."

"L'homme n'amène pas son propre malheur, et si nous souffrons, c'est par la volonté de Dieu, bien que je n'arrive pas à comprendre pourquoi il se croit obligé de tellement en remettre."

"Je hais la réalité mais c'est le seul endroit où on peut se faire servir un bon steak."

"La première fois que j'ai vu une femme nue, j'ai cru que c'était une erreur ... "

"Lorsque j'ai été kidnappé, ma mère a réagi tout de suite: elle a sous-loué ma chambre! "

"L'argent est plus utile que la pauvreté, ne serait-ce que pour des questions financières."

"Dans la vie, la plupart des histoires d'amour échouent. Une histoire qui marche, c'est une pure question de chance."

"L'intelligence artificielle se définit comme le contraire de la bêtise naturelle."

"Hollywood? C'est une usine où l'on fabrique dix-sept films sur une idée qui ne vaut même pas un court métrage."

"A Los Angeles, ils ne jettent pas leurs ordures. Ils en font des émissions de variétés pour la télévision."

"La célébrité m'a apporté un gros avantage : les femmes qui me disent non sont plus belles qu'autrefois."

"Je viens de rencontrer Isocèle : il a une idée pour un nouveau triangle." 

"Quand l'épée est dans votre gorge, que se passe-t-il en cas de hoquet?"

"Mieux vaut réaliser son souhait plutôt que de souhaiter l'avoir fait."


J'espère qu'il va nous pondre encore de merveilleux films


 

Posté par straw dogs à 17:28 - ALLEN Woody - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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