entre_les_murs
"Qui a eu cette idée folle, d'un jour inventer l'école ?.."

J'avoue y être allé avec scepticisme, pour tout dire j'ai même failli ne pas y aller, et puis bon c'est quand même la Palme quoi, et ça faisait une sortie - un peu d'air au milieu des dissertations sur Roméo & Juliette et des études de documents sur la Sécurité Sociale. En même temps, le film se passe dans un collège tout le long, donc bon, c'était raté pour le dépaysement... Bref, j'entre dans la salle, n'attendant rien de spécial du film, et me voilà entouré de vieux snobs. Après un moment d'hésitation, je m'assois quand même, priant pour ne pas avoir payé 5 euros pour rien. Et après les bandes-annonces plutôt médiocres, voilà que le film commence, et là c'est le soulagement, l'enchantement.

Entre les Murs est une surprise de chaque instant, il est toujours là où on ne l'attend pas, il évite absolument tous les clichés malgré son sujet délicat. Sans rire, chaque situation-type qu'on s'attend à voir n'arrive pas, chaque réplique qu'on attend, chaque réaction qu'on anticipe ne se produisent pas. Même les nombreux personnages ne sont pas le moins du monde stéréotypés, les élèves comme les profs ont leurs défauts, pas de blâme, pas de glorification du "professeur-génial-qui-sauve-les-jeunes-banlieusards-de-l'ignorance-et-de-la-délinquance", rien de tous ces trucs hollywoodiens à la noix, juste des personnages tout ce qu'on fait de plus humains et par conséquent fragiles. Pourtant avec un pitch pareil et une récompense venue des mains de Sean Penn, il y avait de quoi avoir peur. Mais non, le film pose les bonnes questions et laisse au spectateur le soin d'y répondre. On en sort un peu frustré, parce qu'on a quand même passé 2H15 en face d'un problème qui tourne en rond, mais Entre les Murs est passionant, justement à cause de cette frustration qu'il suscite. C'est un film fait de ruptures, de non-dits, qui pose des enjeux dramatiques sans toujours leur donner de conclusion (Suleiman sera-t-il renvoyé au Mali ? La mère de Wei pourra-t-elle rester en France ?). Un film "ouvert" dans tous les sens du terme et grand.

Alors bon, l'histoire de cette classe comme métaphore de la société, pourquoi pas, mais moi je vois surtout dans ce film un beau moment de vie et de Cinéma, plein d'optimisme, de joie de vivre et d'émotions. Il y a des moments très émouvants, d'autres vraiment hilarants, on ne s'ennuie pas une seconde et l'aspect "documentaire envoyé spécial" du film est vite oublié face aux dialogues formidablement bien écrits et aux thèmes passionnants abordés (le problème du langage, l'immigration, l'éducation, la discipline...).  Les mots fusent, les comédiens amateurs jeunes ou moins jeunes sont d'un naturel et d'une cinégénie sidérants. Très très beau film donc, gentiment engagé, qui remet en question sans militantisme lourdingue. Si ça vaut vraiment une Palme, je ne sais pas, mais c'est à voir en tout cas.

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