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Cris et chuchotements...

28 septembre 2008

Entre les Murs - Laurent Cantet (2008)

entre_les_murs
"Qui a eu cette idée folle, d'un jour inventer l'école ?.."

J'avoue y être allé avec scepticisme, pour tout dire j'ai même failli ne pas y aller, et puis bon c'est quand même la Palme quoi, et ça faisait une sortie - un peu d'air au milieu des dissertations sur Roméo & Juliette et des études de documents sur la Sécurité Sociale. En même temps, le film se passe dans un collège tout le long, donc bon, c'était raté pour le dépaysement... Bref, j'entre dans la salle, n'attendant rien de spécial du film, et me voilà entouré de vieux snobs. Après un moment d'hésitation, je m'assois quand même, priant pour ne pas avoir payé 5 euros pour rien. Et après les bandes-annonces plutôt médiocres, voilà que le film commence, et là c'est le soulagement, l'enchantement.

Entre les Murs est une surprise de chaque instant, il est toujours là où on ne l'attend pas, il évite absolument tous les clichés malgré son sujet délicat. Sans rire, chaque situation-type qu'on s'attend à voir n'arrive pas, chaque réplique qu'on attend, chaque réaction qu'on anticipe ne se produisent pas. Même les nombreux personnages ne sont pas le moins du monde stéréotypés, les élèves comme les profs ont leurs défauts, pas de blâme, pas de glorification du "professeur-génial-qui-sauve-les-jeunes-banlieusards-de-l'ignorance-et-de-la-délinquance", rien de tous ces trucs hollywoodiens à la noix, juste des personnages tout ce qu'on fait de plus humains et par conséquent fragiles. Pourtant avec un pitch pareil et une récompense venue des mains de Sean Penn, il y avait de quoi avoir peur. Mais non, le film pose les bonnes questions et laisse au spectateur le soin d'y répondre. On en sort un peu frustré, parce qu'on a quand même passé 2H15 en face d'un problème qui tourne en rond, mais Entre les Murs est passionant, justement à cause de cette frustration qu'il suscite. C'est un film fait de ruptures, de non-dits, qui pose des enjeux dramatiques sans toujours leur donner de conclusion (Suleiman sera-t-il renvoyé au Mali ? La mère de Wei pourra-t-elle rester en France ?). Un film "ouvert" dans tous les sens du terme et grand.

Alors bon, l'histoire de cette classe comme métaphore de la société, pourquoi pas, mais moi je vois surtout dans ce film un beau moment de vie et de Cinéma, plein d'optimisme, de joie de vivre et d'émotions. Il y a des moments très émouvants, d'autres vraiment hilarants, on ne s'ennuie pas une seconde et l'aspect "documentaire envoyé spécial" du film est vite oublié face aux dialogues formidablement bien écrits et aux thèmes passionnants abordés (le problème du langage, l'immigration, l'éducation, la discipline...).  Les mots fusent, les comédiens amateurs jeunes ou moins jeunes sont d'un naturel et d'une cinégénie sidérants. Très très beau film donc, gentiment engagé, qui remet en question sans militantisme lourdingue. Si ça vaut vraiment une Palme, je ne sais pas, mais c'est à voir en tout cas.

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Posté par straw dogs à 10:11 - CANTET Laurent - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


14 septembre 2008

Persepolis - Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud (2007)

persepolis
Chah perché

2007 était quand même une année Cinéma sacrément riche. Entre tous les grands films pondus par des valeurs sûrés comme Lynch, Coppola, Cronenberg, Rivette, Van Sant, Tarantino ou Gray, s'est distingué un très beau et bouleversant film d'animation français. Ce film, c'est Persepolis, réalisé par les dessinateurs de BD débutant dans le cinéma Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. Sa diffusion sur Canal+ Cinéma m'a permis de le revoir, et malgré son succès plutôt conséquent en salles je n'ai pas pu m'empêcher de me dire qu'un film comme ça devrait être encore plus vu et mieux distribué. C'est une véritable leçon de vie, un modèle de pensée et pourtant jamais pompeusement didactique. Un film plus que jamais engagé et plein de maturité.

En apparence, un truc hyper-formaté pour parigos gauchos adeptes d'exotisme snobinard. Alors oui, le film est bel et bien de gauche, (bien plus que n'importe quel film qui se revendique prétentieusement de gauche, et il y e a pléthore), ce qui n'est absolument pas un défaut en soi, mais il a le mérite d'aller bien au-delà de ça. Le film revendique ses idées politiques en toute modestie, sans lourdeur, avec auto-dérision parfois et un esprit critique très affuté. Et puis c'est aussi un drame familial extrêmement poignant (on se surprend à verser une petite larme quelquefois), une oeuvre autobiographique tendre et sincère, truffée de personnages incroyablement attachants. Satrapi intègre sa "petite" histoire dans la grande Histoire et aborde des tonnes thématiques passionnantes mais casse-gueules traitées ici avec une finesse et une intelligence déconcertantes.

C'est rempli d'idées de Cinéma, de trouvailles esthétiques vraiment chouettes et de références culturelles intelligentes et décalées allant de Munch à Klimt, en passant par ABBA, les Bee Gees et Iron Maiden. Persepolis stimule la conscience politique, c'est un hymne à la tolérance et à la paix jamais niais, toujours juste. L'humour parfois très corrosif est omniprésent, ça lance des "merde", "bite", "cons", "couilles", "connard" à tout va (bah ouais, ça a beau être un film d'animation c'est pas tellement pour les gosses), et ça reste très fin, très poétique, toujours infiniment mélancolique. Jamais le film ne tombe dans le pathos et livre des moments déchirants de pure émotion et de larmes. Un film d'animation pour adultes, fait par des adultes conscients, matures et généreusement militants. Tant qu'il y aura des films comme ça, il y aura de l'espoir.

persepolis

Posté par straw dogs à 15:17 - SATRAPI Marjane & PARONNAUD Vincent - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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