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Certains doivent se dire que je suis maso de regarder un documentaire de 4h30 sur l'Occupation (comme si on s'en tapait pas assez de la Seconde Guerre Mondiale en cours). Mais j'avoue que si je l'ai regardé ce n'est pas entièrement de mon plein gré, car c'est à la base pour une synthèse que je dois rendre sur un film traitant de cette guerre, pour montrer comment le film s'inscrit dans la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale. Alors si j'ai choisi ce film plutôt qu'un autre (plus spectaculaire et plus court - du genre Soldat Ryan), c'est parce que j'ai été influencé par Woody Allen, qui va voir le film au cinéma avec Diane Keaton dans Annie Hall. Bon, voilà pour la "justification", si besoin était de justifier mon acte mrgreen

Et le film alors ? Et bien étonnamment, ce n'est pas emmerdant une seconde. Je l'ai vu en trois fois, d'accord, mais quand même, ça reste réellement passionnant du début à la fin. D'un point de vue historique, forcément c'est très intéressant, mais d'un point de vue cinématographique également. Le travail de montage est plus qu'extraordinaire, on imagine comment les gars ont dû se prendre la tête là-dessus pendant 9 mois. Le temps d'une grossesse pour accoucher de ce gigantesque bébé de près de 5 heures, qui mêle avec une habilité déconcertante images d'archives (aussi bien des actualités françaises qu'allemandes et anglaises) et interviews d'habitants de Clermont-Ferrand et de personnalités ayant vécu directement les événements (Pierre Mendès-France pour citer le plus célèbre). Les interviews sont filmées assez particulièrement, parfois maladroitement (le caméraman se viande limite la gueule, il change d'angle à l'arrache on ne sait pas pourquoi) mais toujours avec une sorte de poésie plutôt touchante. La caméra s'attarde sur les mains parfois plus éloquentes que les visages, sur les yeux bouleversés, le décor. Il y a quelque chose de très maîtrisé quelquesfois dans les angles choisis, dans les échelles de plan, et en même temps ce côté "pris sur le vif" très scotchant.

Le grand intérêt du film et là où réside tout son incroyable courage reste son côté démystificateur (le film ne sortira d'ailleurs sur les écrans qu'en 1971, c'est-à-dire 2 ans après son achèvement). Près de 30 ans après la guerre, le film retrace l'histoire de la France, en s'attachant plus spécifiquement à la ville de Clermont-Ferrand, et brise morceau par morceau l'idéal de "la France Résistante" entretenu par de Gaulle. La France sous l'Occupation est montrée ici dans toute sa traîtrise, une France divisée où il ne faisait pas bon vivre. Les Résistants comme les vichistes sont interrogés, Ophüls (Marcel de son prénom, fils du grand Max pour l'info) s'amuse à contraster les points de vue non sans ironie et en restant toujours d'une parfaite neutralité. En même temps, il nous fournit des informations méconnues et passionnantes sur certains événements (on sent un énorme et parfait travail de documentation) sans aucun didactisme pompeux. Le Chagrin et la Pitié prend alors des allures de grand opéra tragi-comique rythmé par un flot de parole incessantes et par les chansons de Maurice Chevalier.