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Cris et chuchotements...

27 avril 2008

Funny Games U.S. - Michael Haneke (2008)

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C'est une première dans l'Histoire du Cinéma. Hitchcock avait déjà réalisé le remake de son propre film L'Homme Qui en Savait Trop, Gus Van Sant avait réalisé le remake quasi plan par plan de Psychose, et maintenant Michael Haneke combine les deux, en réalisant le remake plan par plan de son propre film réalisé en 1997, Funny Games. Beaucoup de personnes se demandent où est l'intérêt et Haneke leur répond que c'est pour toucher un public plus large, vu que ce sont avant tout les Américains qui sont visés dans le film et que très peu d'entre eux ont vu l'original vu que c'est un film autrichien. Donc, suite à la proposition des producteurs, le réalisateur s'est attaqué à ce remake avec des acteurs américains en vogue (Naomi Watts, Tim Roth et Michael Pitt) et tous les moyens nécessaires pour refaire son film à l'identique. Alors bon, au delà de cette vocation "universelle", on se doute bien qu'il y a des histoires de pognons, et de toute façon, que le film soit américain ou autrichien, les gens ne se déplaceront pas en masse pour voir un film aussi horrible qui ne sera sans doute pas la tasse de thé de beaucoup de monde. Ca sent en fait plus l'exercice de style un peu abscons que le film susceptible de toucher un large public. Déjà, il faut le comprendre pour l'apprécier, et c'est déjà assez dur bien que ça ne soit pas non plus un film essentiellement pour intellectuels. Et même si on le comprend, on peut ne pas aimer, ne pas être d'accord avec cette démarche frontale, provocatrice et froide si caractéristique d'Haneke. Le genre de  film  destiné à faire polémique...

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L'original était un chef d'oeuvre donc celui-ci aussi bien évidemment, qu'on en voit l'intérêt ou pas. On pourrait le considérer comme la continuité du premier de sorte que les deux films formeraient un tout unique. Paul et Peter perpétuent leur série de jeux sadiques sous un autre visage et en sévissant cette fois aux Etats-Unis, poursuivant leur enchaînement infini de meurtres "fun". La présence d'acteurs connus du grand public, au lieu de jouer au détriment du film, participe en fait à accentuer la distanciation qu'Haneke met en place pour interroger sur les rapports entre les médias et la violence. Et paradoxalement, vu qu'on les connaît au travers d'autres films et qu'on se sent ainsi plus proche d'eux que de Susanne Lothar et Ulrich Mühe dans l'original, l'empathie est plus forte dans les moments voulus. Car Michael Haneke joue beaucoup sur le paradoxe et le contraste dans son film, alternant les moments de réalisme insoutenable et d'empathie bouleversante, et d'autres moments de "fun" dérangeants et de mise en abyme vertigineuse (Paul s'adresse à la caméra et insiste sur son rôle de metteur en scène et d'acteur d'un spectacle destiné à divertir le public). On se sent le témoin volontaire, voyeur pervers d'un jeu sadique et insoutenable dont le but est de nous faire prendre conscience de la grave banalisation de la violence par les médias.

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Comme dans l'original, la mise en scène est d'une précision remarquable, le travail sur le hors-champ est fascinant... Mais avantage par rapport à la version originale : les acteurs sont meilleurs (et ils étaient déjà très bon dans le film de 97), particulièrement la sublime Naomi Watts qui même la morve au nez, la gueule amochée et quand elle vomit reste la perfection incarnée en plus d'une immense actrice. Du coup, son personnage prend plus d'ampleur que dans l'original, elle lui donne une toute autre dimension et vole la vedette au père qui est presque relégué au rang de personnage accessoire malgré la performance de l'excellent Tim Roth. Ca ne joue pas forcément au détriment du film, mais c'est une différence notoire. Quelques détails font que l'intensité de certaines scènes se perd un peu en court de route, mais rien de grave en soi, à part peut-être pour l'anthologique plan-séquence du milieu du film qui est ici plus court, moins bien mis e nscène et donc beaucoup moins intense et impressionnant. Enfin voilà, si j'étais plus expérimenté je m'aventurerais peut-être dans une analyse plus approfondie du film, mais c'est une vraie thèse philosophique à lui tout seul alors je reste dans les superficialités. En tout cas j'ai rarement vécu une expérience cinématographique aussi troublante et bouleversante. C'est éprouvant, traumatisant, nul doute qu'on n'en ressort pas pareil. Immense film en tout cas que je ne peux qu'apprécier de voir sur grand écran en tant que fan absolu du Funny Games de 1997 que j'avais vu sur un ordi.

Posté par straw dogs à 12:02 - HANEKE Michael - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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