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Cris et chuchotements...

15 mars 2008

Easy Rider - Dennis Hopper (1969)

easy_riderEasy Rider

BORN TO BE WIIIIIIIILD !!!

Easy Rider, c'est un peu un film réalisé "à l'arrache", entre potes avec comme idée de départ une sorte d'Equipée sauvage à la sauce hippie. Sur le tournage, le chaos le plus complet, tout le monde est défoncé, n'importe qui s'improvise chef opérateur, le scénario n'est pas vraiment défini. Ca donne un film cultissime, psychédélique et enivrant, novateur et rafraîchissant. Le style est tout à fait nouveau, très brut de décoffrage, les zooms et les mouvements de caméra sont violents, l'approche esthétique fait assez documentaire. Le montage est tout à fait extraordinaire (c'est d'ailleurs le truc le plus travaillé du film) avec beaucoup d'expérimentations étranges qui traduisent souvent les effets de la drogue, et quelques séquences de pur génie comme celle du cimetière - véritable envolée lyrique, un bad trip tétanisant et fascinant, peut-être un des plus grands moments de Cinéma qu'il m'ait été donné de voir. La bande-son est évidemment dantesque avec une ribambelle de morceaux tous plus cultes les uns que les autres et carrément planants. Du coup ça prend parfois des allures de playlist où les gars foutent leurs chansons favorites du moment en rajoutant des images de mecs chevelus chevauchant leurs bécanes. Et alors ? Pourquoi ne serait-ce pas ça l'image de la Liberté moderne ? Ca donne presque envie de s'acheter une Harley mrgreen !

easy_riderHopper et Fonda s'éloignent le plus possible de l'académisme traditionnel pour réaliser un film très personnel, totalement inédit, parfaitement ancré dans son époque. C'est un peu le mai 68 du Cinéma américain. A une époque où les films se renferment de plus en plus dans leur bulle hors du temps où tout se finit bien malgré le chaos qui règne dans la réalité, Easy Rider débarquait avec ses gros sabots boueux pour foutre un gros coup de pied au cul à cet Hollywood égoïste et démodé, entraînant avec lui par la suite tout un cortège de films "sociaux" et de réalisateurs engagés. On voit que le budget est limité mais pourtant le film prend une dimension universelle et presque christique en mélangeant habilement prosaïsme et poésie des images. Easy Rider est un film qui respire l'envie de liberté et affiche de nouvelles aspirations à la fois au niveau social et au niveau de la forme cinématographique.

easy_rider_2Film révolutionnaire, véritable hymne à la vie et la liberté, c'est une oeuvre hybride, unique et bizarre, un pamphlet désespérément satirique et pessimiste contre les préjugés et l'intolérance de l'Amérique profonde. Billy et Wyatt "Captain America" n'ont pas leur place dans notre société - tout comme cette communauté étrange à laquelle ils rendent visite et qui est contrainte d'être égoïste pour survivre (elle rentre donc inexorablement dans le moule et est condamnée à disparaître). Les deux héros n'avaient d'autre option que de mourir, leur destin est tout tracé depuis le début, une image furtive montre même une moto en feu au milieu du film (image que l'on retrouve à la toute fin du film), comme si Dieu lui-même annonçait ce dénouement inévitable. En disparaissant accidentellement, ils rachètent tous les péchés du monde, la société a réussi à les éliminer. La mort est brutale, abrupte, le film se clôt froidement, presque sans compassion. La Liberté n'a pas sa place dans ce Monde, elle effraye, on se cloisonne pour s'en protéger, on l'élimine. Tout est dit dans ce magnifique dialogue entre Hopper et Nicholson (d'ailleurs au passage absolument géniaux !). Easy Rider est un chef d'oeuvre intemporel fortement engagé, tristement pessimiste et malheureusement toujours d'actualité.

Posté par straw dogs à 12:03 - HOPPER Dennis - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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