23 février 2008
Johnny s'en va-t-en guerre - Dalton Trumbo (1971)
"S.O.S... Help me... S.O.S... Help me... S.O.S... Help me..." Imposible de ne pas pleurer devant un tel film. L'histoire la plus triste du monde d'un jeune homme américain durant la Première Guerre Mondiale qui s'engage dans l'armée et se prend un obus de plein fouet. Il reste alors cloué dans son lit d'hôpital, sans bras, sans jambes, sans yeux, sans pouvoir parler ni communiquer par n'importe quel moyen avec les gens de l'extérieur. Il reste en vie par miracle mais aussi à cause de l'incompétence des médecins qui le gardent en vie pour faire progresser la science, croyant qu'il est inconscient vu que son cerveau est atteint. Sa voix intérieure résonne tout le long du film, les images réelles alternent avec les images mentales et les souvenirs, séquences de cauchemar très lynchéennes, dialogues réels ou imaginaires, regrets, réflexions sur les notions de rêve et de réalité avec un génial Donald Sutherland déguisé en espèce de Jesus Christ superstar. La réalité et le rêve se mélangent et s'interpénètrent, c'est le vertige. Johnny got his gun est un film déroutant dans le sens où il ne verse jamais dans le pathos facile et n'hésite pas à utiliser le sarcasme pour faire passer son message. C'est bouleversant, d'une noirceur et d'un pessimisme déchirants, Trumbo, en adaptant son propre bouquin écrit en 1939, frappe là où ça fait mal et on n'en sort pas indemne. Esthétiquement ce n'est néanmoins pas toujours très beau (les séquences en couleur ont quelque chose qui rappelle les vieux sitcom), malgré quelques moments mémorables (la géniale séquence où Johnny compte les jours...). Comme quoi, 36 ans avant l'insipide Le Scaphandre et le papillon, un film arrivait à émouvoir sans effets faciles et sans esbrouffe... Le plus fort manifeste anti-militariste qui soit, un film à voir absolument.
