indySpielberg n'est jamais aussi bon que quand il fait du pur spectacle. Ce mec est un vrai showman, son sens du spectacle est carrément incroyable et c'est ça qui en fait un cinéaste majeur. Par contre dès qu'il essaye de faire de l'émotion, malgré toute sa sincérité et son envie de bien faire, ça devient sirupeux, indigeste, excessivement mélodramatique jusqu'à sombrer dans le ridicule (cf La Liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan, E.T., A.I. ...). Il est très maladroit en fait, il ne sait pas toujours s'y prendre comme il faut et s'empêtre souvent dans les clichés hollywoodiens pour dissimuler son incapacité à traiter certains sujets. Par contre il manie le suspense et les artifices comme personne et se sert magnifiquement de la magie du cinéma pour faire vibrer son spectateur. Véritable prestidigitateur, talentueux chef d'orchestre et virtuose de la caméra, il manie à la perfection l'illusion cinématographique pour en foutre plein la vue et faire passer un moment mémorable, en adoptant une attitude purement hollywoodienne mais terriblement efficace qui fait des merveilles dans des films comme Les Dents de la Mer, Jurassic Park ou les Indiana Jones.

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Les Aventuriers de l'Arche Perdue, premier volet de la trilogie mythique Indiana Jones, marquait comme le scandait l'affiche de l'époque "le retour de la Grande Aventure". Dans un esprit très bon enfant, le duo Lucas-Spielberg (un à la production, et l'autre à la réalisation) revisitait un genre unique qui n'était plus fréquenté depuis les années 50. Drôle, virevoltant et spectaculaire, le film n'hésite pas à pasticher ses sources d'inspiration en usant à merveille de l'auto-dérision. Combat épique entre le Bien et le Mal sur fond d'intrigue mêlant archéologie, exotisme, nazisme et délires religieux, le film assume pleinement son manichéisme, ses clichés et ses stéréotypes foisonnants et c'est bien ça qui fait que le tout fonctionne superbement bien : ça ne se prend pas au sérieux une seconde ! Henry Jones c'est le gars à qui on aimerait tous ressembler : beau gosse, encyclopédie sur pattes, téméraire, malin, romantique, musclé... Ce mec a toutes les qualités mais à défaut de beaucoup d'autres héros hollywoodiens il a une vraie personnalité et reste ainsi un personnage très attachant grâce à son humour. Ce qui est excellent aussi c'est ce sadisme complaisant étonnamment délicieux purement spielbergien : les personnages se retrouvent dans des situations horribles et inextricables ce qui permet au bonhomme Steven de jouer avec les nerfs du spectateur comme lui seul sait le faire et c'est très éprouvant et incroyablement jouissif. Bêbêtes visqueuses et effrayantes, pièges, cadavres, méchants nazis, scènes d'action palpitantes et quelques trucs gores pour couronner le tout (ce gigantesque final grand-guignolesque)... Spielberg nous en fait voir de toutes les couleurs et on prend son pied comme jamais, le moment passé devant sa téloche est mémorable ! Rien de mieux pour se détendre, c'est du pur cinéma pop-corn qui s'assume pleinement comme tel, et quand la qualité est au rendez-vous on ne va pas bouder notre plaisir ! Le genre de films auxquels on s'attache et qui ont marqué notre enfance...

indiana2Le second volet, Indiana Jones et le Temple Maudit est celui que je préfère car c'est le plus débile, le plus excitant, le plus exotique, le plus jusqu'au-boutiste et le plus drôle mrgreen. Pour le coup le scénario est complètement bidon et sert surtout de prétexte à une succession ininterrompue de séquences d'action et de suspense impeccables et sensationnelles, toutes plus palpitantes les unes que les autres, tellement invraisemblables qu'elles en deviennent magiques et nous font littéralement regarder le film avec des yeux d'enfant émerveillé. La course de chariots finale dans la mine est un véritable moment d'anthologie et le film reste de bout en bout dans l'esprit du précédent. L'ambiance est en outre très réussie, assez sombre, parfois flippante, plutôt grand-guignolesque mais ultra-saisissante, avec cette petite touche de fantastique bienvenue. C'est sûr que ce n'est pas très subtil, pas très "bergmanien" comme film, mais délicieusement bon-enfant et les gags font mouche !

indianaQuand j'ai vu Indiana Jones et la Dernière Croisade (à savoir le troisième volet), ce qui m'a frappé d'emblée c'est que ce salop d'Indy change à chaque fois de meuf et à part son pote du musée, on ne retrouve quasiment aucun personnage d'un film à l'autre. Où sont passé Marion, le petit chinois, la chanteuse de music-hall ? Il n'y a ainsi que peu de liens entre chaque épisode et chaque volet de la trilogie est indépendant des autres. Personnellement j'y vois plus un avantage qu'un inconvénient puisque ça prouve encore une fois que le film s'assume pleinement tel qu'il est, en faisant abstraction de toute psychologie et en reléguant en quelque sorte le drame au second plan, l'action étant définitivement primordiale. Et Spielberg fait encore preuve d'une virtuosité sans limite pour manier la tension et l'action au travers de scènes époustouflantes parfaitement mises en scène, photographiées et montées. Ce troisième volet est sans doute le plus sérieux même si l'humour est toujours omniprésent. La love-story ne se finit pas bien du tout et on sent même poindre un semblant plus que convaincant de psychologie dans la relation trouble père-fils entre Indy et le professeur Jones. Le scénario est plus travaillé qu'auparavant et même si la rencontre finale avec le chevalier prête à sourire (sûrement parce qu'elle rappelle Les Visiteurs ^^), il reste crédible jusqu'au bout. Les effets se font plus discrets, moins de grand-guignol et de manichéisme épique. Le personnage de Sean Connery (impec) semble apporter beaucoup et donne un nouveau souffle à la série. Spielberg, dans ces trois films, met en place une magnifique connivence avec le spectateur et ne se soucie que de son plaisir. Vivement le 4 !!!