contesUgetsu Monogatari
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Dans le Japon du 16ème siècle, Genjuro et Tobei, deux paysans, rêvent d'une vie meilleure et partent à la ville affronter leur destin, laissant leurs femmes Miyagi et Ohama. Très graves, très tristes, ces Contes de la Lune vague  sonnent comme une plainte élégiaque dénonçant la lâcheté des hommes face au délaissement des femmes.

Plein de poésie et empreint d'une infinie douceur, le film est aussi paradoxalement d'une extrême violence. Bouillonant, prêt à exploser, il contient sa rage et la laisse parfois s'échapper çà et là. L'univers de Mizoguchi où les fantômes côtoient les vivants est un monde plein de magie mais en même temps très dur et sans concession. Le malheur est partout, se cachant n'importe où pour surgir au moment où on s'y attend le moins, parfois par inadvertance (Miyagi tuée par la maladresse d'un soldat affamé) parfois avec cruauté et sadisme. Les destins des personnages semblent scellés, irrévocables, et même si le film se clôt sur un moment d'apaisement et de presque de plénitude, la mélancolie est toujours là.

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Avec sa caméra, Mizoguchi dessine le monde tel qu'il le voit, dans toute son "affreuse splendeur" et sa "sublime laideur". Son film prend parfois des allures d'estampe japonaise débordant de poésie, à la fois d'une grande simplicité et foisonnant de détails. "Peu d'effets de caméra, de travellings, mais soudain, quand ils jaillissent en cours de plan, ils ont une fulgurante beauté" écrivait Godard. Les contes de la Lune vague après la pluie ont participé à révéler le cinéma japonais (encore très peu exporté à l'époque) à l'Occident, et de la plus belle des façons. Un chef d'oeuvre, assurément, très beau et très triste. Je vais me mettre à Mizoguchi moi ! Hop dès la semaine prochaine je me matte La Vie d'O'Haru !